It’s in the Game


Sondra Perry / Jonathan Vinel / Eternal September
Comme l’écrit Harun Farocki, le jeu vidéo est “devenu aujourd’hui un medium dominant, celui qui marque de son empreinte la représentation collective”. 
Les œuvres et installations de Sondra Perry et Jonathan Vinel, celles présentées lors de l’exposition Eternal September sont “contextuelles” au sens de Paul Ardenne, elles font émerger des pratiques et des formes artistiques inédites aux capacités transformatrices révolutionnaires. L'artiste devient un acteur social impliqué, souvent perturbateur.

Le statut de l’œuvre d'art se transforme et propose des problématiques plus que jamais en relation avec le monde actuel dépassant le simple fait de l’interactivité.



Le travail de Sondra Perry tourne essentiellement autour de problématiques liées à la représentation des noirs en Amérique, en particulier dans le medium du jeu vidéo.


It’s In The Game
Sondra Perry
2017

It’s in the Game mêle un montage de modélisation 3d d’oeuvres du MET liées à un héritage colonial avec des modélisation de joueurs afro-américains du jeu NBA 2k. Des formes esthétiques ayant été transférées de force d’un espace à l’autre sont à nouveau injectées dans un autre espace, virtuel et faussement libre. Comme le musée, le jeu vidéo a donc transféré les corps et l’apparence des joueurs noirs sans leur consentement et sans contrepartie financière.
Les films réalisés par Jonathan Vinel ont la particularité de s’approprier directement la matière vidéoludique et ses images virtuelles. Notre amour est assez puissant a été entièrement créé à partir d’images de synthèse. Martin pleure a été réalisé à l’aide de l’éditeur de séquence de Grand Theft Auto V.

“ Quand je filme le réel, j’ai envie d’avoir des mouvement d’appareils étranges pour justement perturber le réel, le casser avec un angle ou un cadrage. Dans Martin pleure, c’est l’inverse. Tout était tellement faux que je cherchais un moyen hyperréaliste de le saisir.”

Martin pleure (extrait)
Jonathan Vinel
2016

Notre Amour est assez puissant
Jonathan Vinel
2013
“Beaucoup de films qui ont été réalisés avec l’éditeur de GTA V utilisent des mouvements de cameras très complexe, un peu à la Matrix. Pour moi, cette complexité est déjà contenue dans l’esthétique du jeu vidéo. Un jeu qui m’a marqué, pour ses cadrages et ses mouvements de camera, c’est Until Dawn. Il me rappelle un peu des images de Bela Tarr.”
Jonathan Vinel, Immersion n°1 (extraits).
Eternal september

« Le simulacre n'est jamais ce qui cache la vérité – c'est la vérité qui cache qu'il n'y en a pas. Le simulacre est vrai. »
Simulacres et situation
J. Baudrillard
1981

Ce septembre sans fin, c‘est celui de 1993 avec l’ouverture d’Internet sur le monde.
Plus jamais, après cette date qui correspond à la rentrée des universités américaines et à la déferlante des inscriptions sur les forums de Usenet, le nombre de personnes connectées entre elles via le World Wide Web et d’autres plateformes de communication ou d’interaction n’allait cesser de croître.

À l’heure où les frontières entre nos écrans et nos environnements se dissolvent, le joueur de jeu vidéo devient tour à tour joueur, acteur et témoin dans l’exercice de la reconstitution et de la simulation. En juxtaposant des éléments de documentation, des œuvres et des jeux vidéo, Eternal September tente de cartographier ces pratiques jouables du serious games au First Person Shooter (FPS).

Une tentative, en somme, de croiser des lieux et des époques, de les donner à voir comme un paysage d’ensemble pour interroger ces connexions.

Un essai qui questionne les idéologies à l’œuvre dans les jeux de guerre et leur manière d’engendrer des détournements et des mémoires alternatives.

Sur une proposition d’Aurélien Bambagioni, artiste et curateur.


Eternal September
Exposition collective
2016 Rurart


First person Shooter
Thibault Brunet
2013


En 2008, la première série de photographies qu’il réalise dans un jeu vidéo, Vice City, intègre l’exposition internationale itinérante reGeneration 2 : Photographes de demain, montée par le musée de l’Elysée de Lausanne. En 2012, le travail de Thibault Brunet dans les univers virtuels est sélectionné simultanément pour les Mois de la Photo à Paris, Berlin, et Vienne. Ses séries, First Person Shooter et Landscapes, ont été sélectionnées parmi les Talents FOAM 2013 et présentées dans l’exposition Eternal September.


Serious Game I & III
Harun Farocki
2009


Farocki, dans sa pratique, utilise abondamment l’archive cinématographique et télévisuelle, tant fictionnelle que documentaire. Il s’est aussi intéressé aux images engendrées par la réalité virtuelle dans le domaine de l’intelligence militaire, de séances de formation et d’études cliniques. L’observation et le montage lui permettent de mettre en scène des images afin de laisser le spectateur voir par lui-même et d’avoir sa propre interprétation. Ce processus vise à créer du changement : ne pas en rester à l’archive, mais ouvrir les images à un futur possible, encore inconnu. Tout se passe chez Farocki dans un entre-deux des images, dans cet espace mental que leur juxtaposition laisse surgir. C’est ce que Farocki appelle le soft montage.