Tricksters

« Dans l’ensemble, n’importe quel jugement général sur l’activité sociale sous-entend le principe que tout effort particulier doit être réductible, pour être valable, aux nécessités fondamentales de la production et de la conservation. Le plaisir, qu’il s’agisse d’art, de débauche admise ou de jeu, est réduit en définitive, dans les représentations intellectuelles qui ont cours, à une concession, c’est-à-dire à un délassement dont le rôle serait subsidiaire. La part la plus appréciable de la vie est donnée comme la condition — parfois même comme la condition regrettable — de l’activité sociale productive. »
La notion de dépense
Georges Bataille
1933

Super Mario clouds & Mig 29
Cory Archangel
2002
« Le Jeu comme symbole du monde, de la société, de la création ou de tout ce qu’on voudra, le Joueur (gamer ou trickster) comme ultime avatar du sujet ou de l’artiste postmoderne, ces métaphores ont fini par nous faire presque oublié cette évidence portée par l’époustouflante diversité des jeux humains et animaux, socialement institués ou simplement rêvés : on ne saurait jouer sans jouer à un jeu, quel qu’il soit.

Même un jeu injouable doit être suffisamment déterminé pour permettre de dire à quel jeu l’on ne joue pas.

C’est du reste une chose remarquable qu’il nous arrive de porter un intérêt très vif à des jeux auxquels nous ne savons pas jouer, ou fort mal, mais dont le spectacle ou l’idée nous procurent un plaisir spécial, en même temps qu’ils font lever d’étranges pensées.


French Democracy
Axel Chang
2005


Qu’il s’agisse du morpion, du football, de la poésie, du jeu vidéo, ou encore des scènes de l’échange social représenté dans une série télé, on identifiera dans chaque cas des opérations singulières, transposables à d’autres objets ou domaines d’activité.

Par exemple, qu’est-ce qui fait reconnaître un coup ? Qu’est-ce qui distingue un tricheur ? Quels nouveaux espaces, quelles formes de la relation peuvent s’inventer à travers le système des règles, quitte à pervertir l’esprit du jeu ?


Everything but the Clouds

Patrick Lemieux
2017


La pente ludique des artistes contemporains n’est pas étrangère à ce phénomène : elle doit autant à la fascination exercée par la prolifération matérielle des formats, des rituels, des gestes et des énoncés, qu’au désir d’inscrire l’œuvre d’art dans l’horizon d’une activité strictement improductive, voire d’un jeu sans règle qui finirait par se confondre avec la vie elle-même.

Il est d’ailleurs difficile de dire si cette évolution traduit l’émergence d’une nouvelle figure de l’autonomie de l’agir artistique, ou si elle vise au contraire son dépassement sous le régime a priori plus accueillant de la participation et de la performance. »



Jeff koons must die
Hunter Jonakin
2011


I Shot Andy Warhol
Cory Archangel
2002

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